RÈGLE DE TROIS OU RÈGLE DE SIX ?

July 15, 2012

En juin 2011, l’ancien ministre de l’Éducation Luc Chatel n’avait pas su résoudre cet exercice de niveau CM2 au micro de RMC :

10 objets identiques coûtent 22 € ; combien coûtent 15 de ces objets ?

La plupart des commentateurs invoquèrent la trop célèbre “règle de trois” ; le quotidien Le Monde proposa cette solution :

“Reprenons, monsieur Chatel. Dix objets coûtent 22 euros. Combien coûtent quinze de ces objets.

Soit x le prix de quinze objets, ce qui donne :
x = (15 × 22)/10 = 33 €”

Cette solution absolument dogmatique, qui ne justifie pas les opérations faites, met en évidence la raison de nombreux échecs en maths, soit la perte ou la négligence du sens des opérations courantes qui, soit dit en passant, sont au nombre de trois, et non de quatre : addition, multiplication (addition répétée du même), puissance (multiplication répétée du même) – car soustraction et division se ramènent en fait à des équations posées autour de l’addition et de la multiplication ; ainsi a + x = b et a*x = b.

La solution intelligente de l’exercice de Chatel consiste à remarquer que l’on a 5 objets supplémentaires, et que ces 5 objets coûtent la moitié du prix de 10 objets (proportionnalité implicite).

10 objets =>> 22 €
5 objets =>> 11 €

Donc par additivité évidente
15 objets =>> 33 €

La réponse de l’ancien ministre, 16,50 €, était non seulement fausse, mais absurde puisque pour lui 15 objets pouvaient coûter moins cher que 10. Chatel avait bien vu que le nombre 11 intervenait dans l’exercice, mais il a fait une opération qui n’avait pas de sens, (15/10)*11, au lieu de celle qui avait du sens, 3*11.

Dans ce genre d’exercices, il conviendrait de parler d’une règle de six plutôt que d’une règle de trois, car six nombres sont impliqués dans cette petite histoire :

10 et 22
5 et 11
15 et le nombre cherché, 33

Ces six nombres peuvent se présenter dans un tableau de proportionnalité :

10  22
5   11

15  33

On peut ne pas passer par le nombre 5, et appliquer une méthode générale, en passant par le prix d’un seul objet :

10 objets coûtent 22 €
1 objet coûte 2,2 €
15 objets coûtent 15*2,2 = 33 €

Cette deuxième méthode nécessite le recours à une calculette si l’on n’est pas très bon en calcul mental. Mais dans tous les cas il y a bien six nombres impliqués, donc mieux vaudrait parler de “règle de six”, ou alors de “règle des trois lignes”.

CONTRE L’ÉLIGIBILITÉ ET LE VOTE ÉTRANGERS

January 11, 2010

La cohésion nationale, en ce mois d’avril 2014, n’est pas si solide que l’on puisse envisager l’introduction de ce vote étranger annoncé périodiquement par la gauche et exigé récemment par un collectif à la Prévert, puis tout récemment par l’inénarrable Cécile Duflot qui expliqua un jour des phénomènes climatiques par le fait que le Japon serait dans l’hémisphère sud …

Jean Sarkozy avait, lui aussi, remis sur le tapis l’idée incongrue émise par son père en 2005 : “A titre personnel, je considère qu’il ne serait pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter aux élections municipales”, jugeait en effet Nicolas Sarkozy dans Le Monde daté du 25 octobre 2005.

Et après le fils, le ministre. Dans son livre Pour la nation Éric Besson relança l’idée du droit de vote des immigrés aux élections municipales, une idée à laquelle Sarkozy était favorable en 2005, avant de se déjuger. Le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale d’alors (né au Maroc) proposa de réserver ce droit “aux ressortissants des pays qui furent colonisés par la France, qui sont des pays francophones, qui ont appartenu à notre République, et qui sont aussi ceux qui entretiennent avec elle les liens les plus profonds et anciens”. Une forme de repentance, semble-t-il.

Depuis que l’on a supprimé le suffrage censitaire, payer des impôts (ou non) ne donne (ni n’enlève) aucun droit de vote. Par ailleurs il est juridiquement déplacé d’invoquer une exigence d’égalité entre étrangers U.E et étrangers hors U.E., sauf à nier toute la logique de la construction d’un droit européen et tout l’esprit de l’U. E..

Ce vote des ressortissants d’ États hors U. E. n’aurait été une mesure de justice que si les distinctions Français / citoyens de l’Union Européenne / étrangers n’étaient pas fondées en droit interne comme en droit international. Or ces distinctions sont parfaitement fondées.

Ces étrangers, votent déjà, s’ils le souhaitent, dans leurs consulats, par correspondance ou par procuration dans leur pays (tout comme les Français de l’étranger pour les élections nationales et locales françaises) ; ils ne sont donc pas renvoyés de façon discriminatoire à leurs “origines” (comme le prétendit bêtement le sénateur socialiste Jean-Yves Leconte) mais seulement à leur appartenance à une communauté nationale étrangère. Ils auraient, si la proposition socialiste était adoptée, double poids ; ainsi certains seraient plus égaux que d’autres, ce qui est hélas déjà le cas avec les doubles (voire triples avec la sénatrice Benbassa) nationalités dont notre époque égalitariste s’accommode, curieusement … S’il y a une justice à établir, c’est bien la suppression de la reconnaissance de ces doubles nationalités et non leur généralisation de facto à des étrangers présents sur le territoire.

Il y aurait injustice aussi par rapport aux nombreuses personnes qui ont véritablement et sincèrement souhaité acquérir la nationalité française depuis les années 1960 pour participer à la vie nationale et aux choix engageant l’avenir de notre nation française. C’est bien à tort que l’on évoque le cas d’étrangers ayant des enfants français pour demander ce vote ; les étrangers ayant des enfants naturalisés ont, plus que les autres, vocation à la naturalisation.

Ce vote des résidents étrangers, qui concernerait potentiellement, à terme, les 2,8 millions d’étrangers résidents légaux fin 2013, irait encore à l’encontre de la cohérence de la construction de l’Union européenne, et de la citoyenneté européenne, puisque actuellement les citoyens de l’U. E. ont, par la vertu juridique du Traité de Maastricht dans son article 8 B, et sous réserve de réciprocité, droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et aux élections européennes (dispositions assorties d’un contrôle empêchant théoriquement le double vote).

Comment pourrait-on justifier aux yeux des Français, auxquels on a fait approuver par le référendum du 20 septembre 1992 ce Traité de Maastricht de 1992, que cette exigence de réciprocité, légitimement exprimée pour les ressortissants des 15 États alors membres de l’U. E. (aujourd’hui pour les 28), exigence inscrite dans la Constitution à l’article 88-3, peut être abandonnée, sans autre forme de procès, dans le cas d’immigrés hors U. E., et en majorité ressortissants de nombreux États (pas tous amis de la France) en dehors du continent européen ?

Sans oublier qu’il y a parmi ces immigrés une minorité, certes, mais minorité agissante et inquiétante. Or les agissements à craindre sont toujours des agissements de minoritaires. Dans le cas présent, des islamistes fanatisés et complices du pire terrorisme, comme l’ont montré les enquêtes consécutives aux attaques du XI-9 et à d’autres attentats, notamment celui du 11 mars 2004 à Madrid. Il faut prendre en compte toutes les inquiétudes actuellement exprimées autour de l’Islam (qui n’est pas encore un Islam de France) et de l’islamisme, ainsi qu’autour du communautarisme. Que se passerait-t-il si des imams ou des mollahs étaient élus aux élections municipales ? Inquiétudes hélas confirmées par l’actualité des années 2003-2014, la tonalité des manifestations contre la loi sur les signes religieux à l’école, ainsi que  la progression du port de la burka qu’il a fallu contrarier par une loi qui n’est pas encore assez mise en application.

Sortir de la “logique de réglementation”, comme le proposait très irresponsablement l’ex-ministre (aujourd’hui redevenu député) Yves Jégo, et à sa suite Raoul Castro, ce serait en fait sortir de l’État de droit et créer une insécurité juridique. Ce serait aussi, on l’a dit, faire fi de l’instauration d’une citoyenneté de l’Union européenne, par l’article 8 du Traité de Maastricht ; voir aussi le chapitre V de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Que vaudrait alors cette citoyenneté ? L’ ex-président Sarkozy l’avait compris puisqu’il avait pris en compte ce problème de réciprocité pour écarter finalement (mieux vaut tard que jamais) le vote des étrangers aux élections locales.

Loin d’être utile à la cohésion nationale, ce vote des étrangers la mettrait gravement en péril ; les deux lois de décentralisation, ainsi que le mode d’élection des sénateurs font de ces élections municipales des élections bien plus que « locales ». En élisant les maires, les conseillers municipaux étrangers et/ou leurs délégués participeraient indirectement à la fois à l’élection des sénateurs et au parrainage des candidats aux présidentielles.

Si les immigrés ne relevant pas de l’Union européenne veulent s’assimiler, et participer à notre vie politique, ils en ont le moyen, fort simple, et traditionnel : c’est mériter et obtenir individuellement la naturalisation ; celle-ci est déjà largement facilitée pour les personnes pouvant justifier de deux années réussies d’études supérieures (D. E. U. G.). Mieux vaudrait donc suivre cette voie plutôt que de s’enliser dangereusement dans la recherche d’un pacs immigrationniste collectif pour ceux qui refusent la naturalisation.

La Constitution énonce un principe fondamental (article 3, 4e alinéa) : “Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.” Notre Constitution, trop souvent négligée, mérite d’être prise en considération par celui dont la fonction exige qu’il veille au “respect de la Constitution” (article 5).

Je demande donc aux députés et aux sénateurs de s’engager à ne jamais introduire le vote étranger en soutenant l’adoption par référendum d’une loi constitutionnelle comportant l’article unique suivant :

Il est ajouté à l’article 89 de la Constitution de 1958 un sixième alinéa ainsi rédigé : “Le quatrième et dernier alinéa de l’article 3 de la Constitution de 1958, qui déclare électeurs “tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques”, ne peut faire l’objet d’une révision constitutionnelle.
En effet, un tel vote étranger remettrait en cause :
* “Le concept juridique de “peuple français” (décision 91-290 DC du 9 mai 1991), distinct de l’ensemble des personnes présentes sur le territoire.
* Le principe de la République : “gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple” : 5e alinéa de l’article 2 de la Constitution, dans le titre premier “De la souveraineté”.
* La forme républicaine (1) du Gouvernement selon les articles 1er, 1er alinéa (“La France est une République indivisible […]”) et 89, dernier alinéa (“La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision.”) de la Constitution.
* la souveraineté nationale : “La souveraineté nationale appartient au peuple […]”, alinéa premier de l’article 3 de la Constitution, dans le titre premier “De la souveraineté”.
* la notion d’électeur : quatrième alinéa de l’article 3 de la Constitution, dans le titre premier “De la souveraineté”.
* La portée de la citoyenneté européenne (article 9 de la version consolidée du Traité sur l’Union européenne).
1. ‎”forme républicaine” parce que République, res publica, c’est l’affaire du peuple, en l’occurrence celle du peuple français, concept juridique qui a valeur constitutionnelle, selon le considérant 12 de la décision de 1991 citée plus haut. Il résulte de tous ces éléments que l’introduction du vote étranger remettrait en cause la forme républicaine du Gouvernement, forme qui ne peut être révisée ; donc le vote étranger apparaît juridiquement impossible, et tout parti prônant un tel vote ne peut être dit républicain.
On peut aussi faire intervenir l’article 410-1 du Code pénal :
“Les intérêts fondamentaux de la nation s’entendent au sens du présent titre de son indépendance, de l’intégrité de son territoire, de sa sécurité, de la forme républicaine de ses institutions, des moyens de sa défense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger, de l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique et de son patrimoine culturel.” Il est fort probable que cette défense des “intérêts fondamentaux de la nation” soit un principe fondamental reconnu par les lois de la République (PFRLR).

Voir aussi : http://www.facebook.com/home.php?#/notes/frederic-magellan/contre-le-droit-de-vote-aux-etrangers/283087555882